L’agriculture en France : des racines et des défis

Président de la Commission agricole du CSOEC

L’agriculture est l’une des plus anciennes activités de l’homme. D’abord agriculture de subsistance, elle a évolué vers une agriculture de production. Si aujourd’hui l’agriculture est questionnée ou critiquée, parfois jusqu’au phénomène d’agribashing, elle et les agriculteurs gardent globalement une bonne image dans la société.

Connaissons-nous si bien que cela l’agriculture en France ? Quel est le périmètre du secteur agricole ? Quelles sont ses principales caractéristiques ?

Les activités agricoles 

Si l’on se réfère au Petit Larousse, l’agriculture est définie comme « l’activité économique ayant pour objet la transformation et la mise en valeur du milieu naturel afin d’obtenir des produits végétaux et animaux utiles à l’homme, en particulier ceux qui sont destinés à son alimentation », ou encore : « L’ensemble des activités développées par l’homme, dans un milieu biologique et socio-économique donné, pour obtenir les produits végétaux et animaux qui lui sont utiles, en particulier ceux destinés à son alimentation. » 

On retrouve ici les deux grandes « activités de base » que sont la production de produits végétaux et la production de produits animaux. Il est intéressant d’emblée de voir la connexion avec le milieu naturel, le monde du vivant, mais aussi la fonction essentielle de l’alimentation. 

Le Code rural est encore plus précis avec l’article L311-1 qui prévoit que « sont réputées agricoles toutes les activités correspondant à la maîtrise et à l’exploitation d’un cycle biologique de caractère végétal ou animal et constituant une ou plusieurs étapes nécessaires au déroulement de ce cycle ainsi que les activités exercées par un exploitant agricole qui sont dans le prolongement de l’acte de production ou qui ont pour support l’exploitation. Les activités de cultures marines et d’exploitation de marais salants sont réputées agricoles, nonobstant le statut social dont relèvent ceux qui les pratiquent. Il en est de même des activités de préparation et d’entraînement des équidés domestiques en vue de leur exploitation, à l’exclusion des activités de spectacle. Il en est de même de la production et, le cas échéant, de la commercialisation, par un ou plusieurs exploitants agricoles, de biogaz, d’électricité et de chaleur par la méthanisation, lorsque cette production est issue pour au moins 50 % de matières provenant d’exploitations agricoles. Les revenus tirés de la commercialisation sont considérés comme des revenus agricoles, au prorata de la participation de l’exploitant agricole dans la structure exploitant et commercialisant l’énergie produite […] Les activités agricoles ainsi définies ont un caractère civil […] »

On mesure bien l’ouverture à des activités « périphériques » ou « annexes » avec cette rédaction qui traduit aussi l’évolution des modèles et des pratiques des agriculteurs au fil des années.

L’activité économique 

L’agriculture est classée par l’Insee comme une activité primaire. Le secteur primaire comprend l’agriculture, la pêche, l’exploitation forestière et l’exploitation minière. On désigne parfois les trois dernières par le terme « autres industries primaires ». Les industries primaires sont liées à l’extraction des ressources de la terre. 

La section 1 de l’Insee intitulée « Agriculture, sylviculture et pêche » couvre l’exploitation des ressources naturelles végétales et animales et comprend les activités de culture, d’élevage, de sylviculture, d’exploitation forestière et de production d’animaux ou de produits animaux dans une exploitation agricole ou dans leur habitat naturel.

Les OTEX (orientations technico-économiques des exploitations) utilisées pour le recensement agricole et par Agreste (statistiques du ministère de l’Agriculture) vont encore plus loin pour des analyses plus fines. Les exploitations sont classées selon leur spécialisation : l’orientation technico-économique. Ce classement se fait à partir des coefficients de production brute standard (PBS).

Ainsi, une exploitation est spécialisée dans un domaine si la PBS de la ou des productions concernées dépasse deux tiers du total.

Le calcul des OTEX se fait dans une nomenclature très détaillée (voir le détail dans le texte réglementaire). Pour des raisons de confidentialité (recensement) ou de représentativité (Rica), la publication des résultats est faite selon une nomenclature agrégée.

Cette nomenclature est la suivante :

L’activité nourricière et stratégique

Au-delà du volet économique, l’agriculture revêt aussi un aspect stratégique. Bien avant les questions de souveraineté ou de « relocalisation » qui sont revenues sur le devant de la scène ces derniers mois, l’agriculture était déjà identifiée comme une activité stratégique pour la France.

Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, les pouvoirs publics ont voulu garantir la sécurité alimentaire de la population. Deux lois d’orientation de l’agriculture, en 1960 et en 1962, ont provoqué la restructuration des exploitations et la modernisation de l’appareil de production agricole. Cette production va considérablement augmenter, les principaux rendements passant d’un indice 100 en 1960 à un indice 180 en 2010. 

Malgré la hausse de la production, la contribution de l’agriculture à la valeur ajoutée de l’économie française est de plus en plus modeste : elle est passée de plus de 18 % au début des années 50 à 1,8 % en 2019. Cette part atteint presque 4 % si on ajoute les industries agroalimentaires. 

La part de la production agricole française dans la production agricole européenne est de 17 % et marque un recul depuis plusieurs années. Quant aux parts de marché au niveau mondial, la France est passée de 8 % en 2000 à 4,7 % en 2019.

Malgré cela, les secteurs agricole et agro-alimentaire constituent le troisième poste d’excédent commercial de la France avec + 7,8 milliards d’euros en 2019 (derrière le secteur aéronautique et le spatial).

L’importance du foncier

L’industrie a besoin d’usines. L’agriculture a besoin de terres. Cette connexité est en permanence au cœur des stratégies des exploitations agricoles, mais aussi dans les législations agricoles successives pour tenter de préserver le foncier agricole.

Malgré cela, les surfaces agricoles n’ont cessé de se réduire au fil des années, passant de 34,5 millions d’hectares en 1950 à moins de 29 millions d’hectares en 2010. La part de la surface agricole utile (SAU) dans la surface totale du territoire national est de 52 % en 2019 contre 63 % en 1950.

Au fil des années, le foncier reste un objet de convoitise voire de tension pour différents usages hors agriculture : projets collectifs, infrastructures, logements, zones d’activités…

Les exploitations agricoles et les agriculteurs 

Si l’agriculture a augmenté sa production, la tendance n’a pas été la même au niveau du nombre d’exploitations agricoles et du nombre d’agriculteurs. Les gains de productivité ont été colossaux.

En 2016, on dénombrait 436 000 exploitations agricoles, soit deux fois moins qu’à la fin des années 1980. Sans surprise, la surface moyenne des exploitations a augmenté pour atteindre 63 hectares en 2016 contre moins de 11 ha dans les années 60.

En 50 ans, le poids de la population active agricole (famille d’exploitants et salariés) est passé de plus de 30 % à 3 %, ce qui est considérable. Ces évolutions ont eu aussi un impact sur la représentativité du monde agricole dans différents organismes ou collectivités territoriales. 

Les agricultures et les aides

Il n’existe pas une agriculture, mais des agricultures. Au-delà des tailles d’entreprises qui peuvent différer, les réalités territoriales ou les dynamiques de filières « façonnent » des productions et des agricultures différentes, avec des résultats moyens disparates, mais aussi des situations d’endettement très diverses.

Quoi qu’il en soit, l’ensemble du monde agricole a dû s’adapter au mouvement de libéralisation des marchés et aux différentes déclinaisons de la Politique agricole commune (PAC) au niveau européen. Ce fut le cas lors du « tournant » en 2006, où les aides directes aux produits ont été fortement réduites pour aller vers des aides à l’exploitation.

Les aides accordées à l’agriculture en France sont souvent mal appréhendées par le grand public ou les médias. C’est un peu moins de 10 milliards d’euros qui sont attribués chaque année en France, avec des conditions réglementaires et administratives très strictes.

Agriculture et environnement 

L’agriculture n’échappe pas aux enjeux sociétaux et environnementaux. Sans évoquer ici les tendances en matière de consommation de produits agricoles, nombre d’observateurs s’accordent à dire que l’agriculture est à la fois un problème, mais aussi une solution.

Avec 83 Mt éq. CO2 en 2019, les émissions directes de gaz à effet de serre dues à la production primaire correspondent à 19 % des émissions françaises. La trajectoire s’améliore pour la France avec une baisse depuis les années 1990. D’autres enjeux liés à la préservation de l’eau et de la biodiversité, ou à la pollution des sols et des milieux, sont aussi au cœur des travaux et des engagements du monde agricole.

Mais l’agriculture stocke aussi du CO2 et peut aider demain à en stocker encore plus. Les sols sont en effet des puits de carbone naturels, l’évolution des pratiques agricoles peut y contribuer positivement, sous réserve que l’artificialisation des sols soit elle aussi maîtrisée.

Enfin, l’agriculture est une des victimes des changements climatiques. Les hausses de température, les sécheresses ou inondations, les orages violents, sont autant d’aléas qui peuvent réduire ou anéantir une production sur une année voire faire disparaître certaines productions dans certaines zones géographiques. 

On le voit, les défis environnementaux sont nombreux, mais ils ne doivent pas masquer le besoin impérieux de reconquête de l’agriculture française dans une compétition européenne et mondiale. 

C’est une des conditions de la maîtrise de ce qu’il y a dans notre assiette (garanties sur les produits), sans quoi nous risquerions de nous voir imposer des produits bien moins respectueux de l’environnement et de notre santé par absence de choix. Et à quel prix ? 

Pour aller plus loin

https://agreste.agriculture.gouv.fr

https://agriculture.gouv.fr

https://www.gouvernement.fr/les-grands-enjeux-de-demain : l’agriculture : Enjeu de reconquête

https://www.agridees.com/

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