L’intelligence artificielle au cœur des compétences du cabinet

Expert-comptable, consultant, Cabinet BBA

L’arrivée de l’Intelligence Artificielle (IA) dans les cabinets d’expertise comptable fait naître des interrogations quant à la place qu’elle va occuper, les emplois qu’elle peut détruire mais également sur les besoins en organisation et en compétences qui vont émerger de cette intrusion. S’appuyer sur les technologies et outils à base d’IA pour positionner l’humain au centre des décisions ouvre de nouvelles possibilités pour les professionnels !

Intelligence artificielle : cap sur les compétences !

C’est désormais un fait entendu, l’émergence de l’intelligence artificielle au sein de la pro-fession comptable bouleverse déjà et va encore plus bouleverser nos organisations et nos métiers.

Transformer les business models des cabinets d’expertise comptable ne repose pas seulement sur le digital, les technologies et la mise en œuvre d’outils numériques. 

Le changement est par essence une problématique humaine, non seulement par le fait de la transformation des usages, mais également par la redéfinition des besoins clients. Plus que jamais l’adaptation des hommes et de l’organisation est au cœur du sujet. 

C’est donc bien à un bouleversement complet des structures, des compétences, du management et des méthodes de travail auquel nous allons devoir rapidement faire face.

Développer et transformer les compétences

Comprendre les besoins en compétences suppose d’évaluer rapidement les capacités d’adaptation du cabinet et sa faculté à intégrer de nouveaux processus de production. Avoir une vision assez précise de l’organisation et des métiers du futur devient une réelle nécessité et un atout pour orienter efficacement les équipes. 

Si des variations sont possibles dans le temps, et selon les typologies de clientèles et de marchés, une série de caractéristiques propres sont identifiables, à la fois sur des compé-tences techniques (hard skills) mais également sur des compétences relationnelles nouvelles (soft skills).

Les hard skills, compétences techniques fondamentales, acquises tout au long du parcours de formation initiale, puis complétées par la pratique, continuent de représenter le socle indispensable à tout professionnel. 

Ces dernières doivent être renforcées par les soft skills, auparavant reléguées au second plan, et qui apparaissent aujourd’hui au premier plan des investissements et des formations nécessaires. Les soft skills représentent toutes les compétences permettant au professionnel de s’adapter à son environnement et à ses changements fréquents. Elles permettent également de mieux prendre en compte les nouvelles attentes des clients. 

Ainsi, grâce à l’acquisition et au développement de soft skills, les professionnels du chiffre pourront faire face aux différentes évolutions en s’appuyant non seulement sur leurs compétences techniques mais aussi et surtout sur des compétences transverses leur permettant de saisir les opportunités qui leur sont offertes, en faisant preuve de créativité pour répondre aux besoins de réactivité, de clarté et de simplification exprimés par les clients.

Deux grandes tendances se dessinent de plus en plus distinctement.

La première tendance est relative aux modes de management et aux comporte-ments professionnels. Les besoins induits par l’implémentation et l’utilisation de l’intelligence artificielle réclament des évolutions profondes dans les modes de management pour développer l’esprit technique, la délégation, l’autonomie, la collaboration, la flexibilité et la capacité à innover et à mettre en œuvre rapidement en application de nouvelles méthodes.

En matière de management cela exige une approche différente mais surtout des profils de managers nouveaux capables d’investir du temps dans le développement de leurs équipes, d’anticiper, de guider, de former. Ces profils existent déjà dans certains cabinets, mais ils sont encore loin d’être en nombre suffisant. Les structures de management des cabinets sont encore majoritairement issues de profils techniques et raisonnent trop souvent sur la base d’une expérience acquise dans leur domaine d’expertise au détriment de la transversalité nécessaire au développement des activités du cabinet et des collaborateurs.

La seconde tendance tient en la capacité du cabinet à acquérir et intégrer des com-pétences nouvelles.

L’agilité requise pour mener à bien la transformation du cabinet requiert des compé-tences qui vont bien au-delà des pures compétences techniques. L’acquisition de compétences nouvelles est donc un impératif.

La capacité à travailler en équipe est alors fondamentale pour envisager les nouvelles formes d’organisation et les nouvelles interactions entre l’homme et les systèmes d’intelligence artificielle.

Pour mener à bien sa transformation et redéployer ses activités le cabinet doit donc urgemment imaginer les « métiers » de demain, et développer les compétences requises pour ces activités, avec à la clef la création d’un « cabinet augmenté » par l’IA.

L’exemple des activités de tenue comptable 

La redéfinition des activités et des métiers de la tenue comptable est particulièrement éclairante des processus à l’œuvre. 

Sur le plan statistique, la tenue comptable représente encore souvent de 60 à 75 % de l’activité des cabinets d’expertise comptable. 

Bien que de plus en plus souvent automatisée, elle mobilise encore une forte proportion de collaborateurs au sein des cabinets et contribue toujours largement au modèle économique dominant des cabinets.

Dire que cette activité sera fortement perturbée dans les prochaines années n’étonnera plus personne. Les améliorations apportées aux plateformes de comptabilité en ligne, la mise en place programmée de la facture électronique, l’amélioration des échanges de données bancaires et l’avènement des market-places automatisées vont contribuer à la disparition de la majeure partie des transactions à saisir par l’humain. 

Devenir des collaborateurs 

Il est certain, à court et moyen terme, l’intelligence artificielle n’éliminera pas l’ensemble des collaborateurs. Voir des machines automatiser des tâches répétitives peut faire naître certaines craintes pour beaucoup de collaborateurs, pour autant l’apport des technologies à base d’IA peut s’avérer bénéfique en réduisant le risque d’erreur de traitement de l’information et en libérant du temps, notamment pour les missions de conseils ou de coaching à plus forte valeur ajoutée.

Schématiquement et sans certitude, il est possible d’imaginer l’évolution des collaborateurs du cabinet d’expertise-comptable sur de nouveaux métiers ou de nouvelles fonctions et d’en dresser quelques caractéristiques de portraits robots.

Le Data contrôleur

Spécialiste en acquisition de données, il aura pour fonction de s’assurer principalement de la fluidité dans la gestion des flux externes d’acquisition des informations comptables. Ce sera à lui de vérifier quotidiennement que les in-formations entre les différentes plateformes de facturation, de banque, de gestion sont correctement intégrées dans les outils comptables. Il devra intervenir pour corriger les anomalies dans les paramétrages des multiples interfaces qu’utiliseront les clients et dénouer les problèmes d’acquisition qui lui seront remontés en temps réel par les applications et les utilisateurs.

Pour réussir dans son futur métier de Data contrôleur, le collaborateur comptable actuel a un besoin urgent de compétence en technologies, qui ne doivent pas être cantonnées aux seuls responsables informatiques du cabinet. Ces nouveaux profils de postes sont porteurs d’une culture professionnelle nouvelle pour créer une rupture dans les modes de production traditionnels et susciter des solutions et processus technologiques innovants.

Mettre en adéquation les collaborateurs actuels avec ces nouveaux profils métiers signifie investir massivement et dès maintenant dans la compréhension des outils numé-riques disponibles : signature électronique, facture électronique, système d’archivage, coffre-fort numérique, gestion de data lakes (lacs de données), connaissance des principes de blockchain… : en résumé, développer ses compétences  en matière digitale en allant au-delà des simples outils de production actuel. 

Du coté des soft skills indispensables à ce profil, il convient de favoriser et renforcer les notions d’esprit critique. Cette compétence est fondamentale à l’heure de l’intelligence artificielle. Elle permet d’être vigilant sur les bases de données utilisées, et ainsi éviter les biais dans les interprétations réalisées par les outils d’IA, mais aussi de conserver un libre arbitre au moment de la généralisation des algorithmes. Il s’agit d’un effort de curiosité nécessaire qui sera forcément récompensé !

Le Coach-client

Le métier de « Coach-client » doit faire naître un nouveau type de responsable de dossier. Le premier besoin en compétence concerne d’abord la relation client. Le digital ne fait pas disparaître le « responsable de dossier ». Au contraire, avec le digital, il doit incarner encore plus le cabinet et l’ensemble de l’offre de services proposé. Le « Coach-client » est un des facteurs essentiels à partir duquel les cabinets pourront maintenir et développer la relation client notamment pour le conseil. Les outils, données et intelligence artificielle disponibles pourront équiper le « Coach-client » et « augmenter » ses capacités et sa pertinence. 

Un important investissement en formation et en développement est nécessaire pour élever le niveau et l’approche des actuels responsables de dossiers. Les compétences techniques ne sont déjà plus suffisantes pour satisfaire les besoins, attirer et conserver l’attention des clients. 

Le « Coach-client » doit maîtriser les secteurs d’activités de ses clients, comprendre leurs business models et les enjeux concurrentiels. Il doit pour cela disposer de compétences élargies en matière de vie des entreprises. Il doit dépasser ses compétences techniques actuelles en fiscalité et comptabilité. Le responsable de dossier devient un « coach », un accompagnateur de l’expérience de l’entrepreneur. Pour les clients particuliers et les chefs d’entreprise, il peut aussi être un coach financier et patrimonial. Enfin avec le digital, le « coach-client » a aussi pour mission d’accompagner le client vers les solutions numériques proposées par le cabinet dans une approche qui n’est plus face à face, mais bel et bien du côte à côte. Il est le véritable lien au quotidien entre les clients et le cabinet. Ses compétences relationnelles et ses capacités d’empathie représentent sa réelle valeur ajoutée. 

Le Spécialiste Mission Ciblée

C’est à lui d’intervenir lorsque le « Coach-client » a détecté et identifié avec son client une problématique ou un besoin spécifique. Ultracompétent dans son domaine, ce spécialiste doit être capable d’apporter la meilleure réponse au questionnement du moment. Il dispose nécessairement de compétences très pointues dans son domaine et s’appuie sur la puissance des outils d’analyse de données et de modélisation des connaissances pour répondre efficacement à la situation. Disposant de qualité pédagogique indispensable, il est capable de simplifier la complexité et ainsi de faciliter la prise de décision. Les capacités de collaboration et d’empathie lui permettent un contact client de haut niveau et favorise un conseil à valeur augmentée. 

Imaginer ces nouveaux métiers reste un exercice hautement spéculatif et risqué, il n’en demeure pas moins un exercice nécessaire pour tout dirigeant de cabinet. Si pour certains, demain, « savoir est obsolète », nous estimons que certaines compétences auront encore plus d’importance. 

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Grâce à l’intelligence artificielle, l’humain prend une place véritablement centrale. Mettre en place efficacement ces différents profils de collaborateurs offre de nouvelles perspectives et demande un effort de conduite et de gestion du changement habile de la part des dirigeants de cabinets. Si l’expert-comptable possède ce discernement, alors il n’a pas à craindre l’intelligence artificielle. 

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