Des méthodes managériales innovantes, tu découvriras

Expert-comptable, membre de la commission management au CSOEC

Être persuasif, directif, délégatif ou participatif, le manager expert-comptable doit emmener ses équipes dans l’atteinte de ses objectifs tout en fidélisant ses collaborateurs.

Il est certain que les jeunes remettent en question la hiérarchie verticale traditionnelle, mais faut-il pour autant horizontaliser le management du cabinet ? L’innovation dans le management va bien au-delà de cette dichotomie entre vertical et horizontal.

Qu’est-ce qu’une méthode de management innovante ?

Les cabinets d’expertise comptable rencontrent aujourd’hui de véritables problématiques de recrutement et de fidélisation de leurs collaborateurs. Le management traditionnel met l’expert-comptable au sommet de la pyramide hiérarchique décisionnelle. Il est à la fois le décideur, le manager et le référent technique pour ses équipes. Mais aujourd’hui, les nouvelles générations ne souhaitent plus être dirigées comme l’ont été leurs aînés. Comment diriger son cabinet en tenant compte des nouvelles attentes des jeunes tout en conservant la fidélité des plus anciens ?

La réponse tient en un mot : l’innovation. Souvent employée dans le domaine de la technologie, l’innovation consiste en la recherche constante de l’amélioration de l’existant. Il va donc falloir s’employer à se renseigner, explorer et tester, à l’instar d’un chercheur scientifique, des techniques de management. La démarche s’inscrira dans le long terme et ne s’arrêtera pas à la première idée trouvée. Il faudra également réaliser un bilan de la situation actuelle pour tenir compte de l’existant et définir pour chaque individu des objectifs satisfaisants pour le collectif.

La mission est quasi-impossible me direz-vous…

C’est en effet un beau défi. Mais l’aventure mérite d’être vécue car quel cabinet comptable peut fonctionner sans collaboratrices et collaborateurs ? Pour commencer, il convient tout d’abord de s’intéresser à l’existant et de dresser un bilan de la situation en cabinet aujourd’hui.

Le choc des générations au cœur des préoccupations managériales

Deux constats ressortent généralement de l’audit des cabinets en matière d’organisation et de ressources humaines.

Dans un premier temps, plusieurs générations doivent collaborer ou du moins cohabiter dans le même espace de travail. Pourquoi cette diversité générationnelle peut-elle être problématique dans le management aujourd’hui ? Parce que chaque génération est qualifiée de cohorte en sociologie. Il s’agit de groupes d’individus qui vivent les mêmes phénomènes sociaux à des âges similaires. 

Par exemple, concernant les outils de production comptable, les baby-boomers ont utilisé la comptabilité à décalque, la génération X a découvert le micro-ordinateur et les disquettes, la génération Y a utilisé les premiers outils connectés à Internet et la génération Z n’utilisera plus de documents papiers pour faire un bilan.

Chaque génération perçoit donc le monde avec son propre prisme et l’expérience qu’elle s’est forgée. Ces visions peuvent converger mais parfois divergent, ce qui est à l’origine de conflits et d’attentes différentes. Un baby- boomer va souhaiter se positionner comme le sachant parce qu’il est plus expérimenté, le jeune Z va, quant à lui, aspirer à devenir rapidement autonome dans ses missions et à disposer de flexibilité dans ses horaires, ses outils, ses missions. 

Dans un second temps, il existe une prolifération des règles et des procédures. Le respect des process de production, de traitement des informations et des missions du cabinet, ajoute de la contrainte au travail. Les normes professionnelles imposent de respecter des diligences, l’expert-comptable a un rôle pédagogique à tenir pour expliquer l’intérêt de ces normes. Sans cela, les collaborateurs manifesteront un manque d’investissement et un phénomène de déresponsabilisation habitera les salariés. Ces risques concernent toutes les générations, sans exception.

Ces incompréhensions entre générations et la lourdeur des procédures internes provoquent un manque d’intérêt pour le travail en cabinet comptable. L’attractivité de la profession ne se jouera pas uniquement sur un look moderne et l’utilisation des réseaux sociaux utilisés par les jeunes. Il revient aux experts-comptables de proposer des méthodes de management qui répondent aux attentes des futurs candidats. 

Comment faire rentrer un cercle dans un carré ?

Les aspirations sont différentes pour chaque génération. Les dirigeants de cabinets ont pour mission de répondre aux attentes des jeunes qui recherchent de l’émotion au travail. Ils porteront également attention aux générations plus anciennes qui respectent les règles et une structure hiérarchique pyramidale. Comment faire rentrer un cercle (l’émotion) dans un carré (la structure hiérarchique) ?

Pour les générations Y et Z, l’objectif du manager est de leur faire comprendre les règles, la structure et la hiérarchie existante au cabinet. Pour ces personnes, ce qui va être innovant c’est le temps long. Le chef d’équipe intègrera du rationnel dans leur univers, mais ces générations sont des zappeurs. Il sera donc opportun de maintenir une dynamique et d’ajouter du participatif pour ne pas entrer dans une routine qui amènerait ces jeunes à démissionner rapidement. Des outils tels que l’organisation de binômes intergénérationnels, l’utilisation de cartes mentales, de tableaux kanban, de badges compétences ou encore la formation au sketchnoting sont autant de solutions à essayer au cabinet.

Pour les générations X et les baby-boomers, l’objectif est de leur faire prendre conscience que tout va plus vite. Ce qui était autrefois intergénérationnel est devenu intragénérationnel aujourd’hui. Pour ces générations, ce qui va être innovant c’est le temps court. Ces individus vont devoir accepter d’ajouter de l’émotion dans leur vie professionnelle. Il pourra être intéressant de tester au cabinet des outils de management tels que les hackathons, les serious games, mais aussi des outils centrés sur l’intelligence émotionnelle. Ces derniers permettront à chacun de mieux se connaître.

Bien que les axes de management soient différents selon les générations, ces dernières cohabitent toutes aujourd’hui dans les cabinets. Il est nécessaire de trouver une piste de réflexion commune, pensée autour de valeurs universelles. Un domaine répond à ces exigences, il s’agit de la motivation.

Si les équipes sont motivées, elles seront fidèles et la bonne réputation du cabinet permettra d’attirer de nouvelles recrues. Trois notions constituent les clés de la motivation des salariés : la maîtrise de leur travail, le sens donné au travail et la reconnaissance obtenue en travaillant. 

Ces trois objectifs sont atteignables en cabinet d’expertise comptable. Il est d’ailleurs tout à fait intéressant de constater une analogie avec la devise de l’Ordre des experts-comptables : science, conscience, indépendance. 

L’application de la science dans les cabinets implique une maîtrise technique. Le sens donné au travail doit résonner dans la manière dont le métier est exercé, avec conscience et probité. Enfin, la reconnaissance du travail se matérialise par les remerciements des clients, y compris lorsque le cabinet sert les intérêts des parties prenantes et pour qui l’indépendance est si importante.

Insister sur les paramètres de la motivation permettra donc au manager de conserver une équipe performante et ouverte sur le cabinet.

L’approche agile, une solution pour le management

En gardant à l’esprit la motivation des collaborateurs, l’innovation dans le management passe aussi par l’approche agile. Rédigé par dix-sept experts en informatique en 2001, le manifeste agile recense 4 valeurs et 12 principes.

Les quatre valeurs sont les suivantes : les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils ; des logiciels opérationnels plus qu’une documentation exhaustive ; la collaboration avec les clients plus que la négociation contractuelle ; l’adaptation au changement plus que le suivi d’un plan. 

Les douze principes reprennent plus en détail des notions comme l’accueil positif du changement, l’implication des parties prenantes, le retour d’expérience régulier, l’adoption d’un rythme soutenable, la simplicité, l’auto-organisation et l’amélioration continue.

Ainsi, l’agilité est une approche de travail. Ce n’est pas une attitude personnelle attendue de ses collaborateurs, il s’agit d’un état d’esprit pour chacun certes, mais surtout pour le collectif. Et si l’approche agile met en exergue les individus et leurs interactions, il n’est pas surprenant que le manager ait un rôle important dans la mise en pratique de l’agilité.

Dans un cabinet qui adopte un management agile, le rôle du manager sera différent de celui du leader. Les leaders sont les individus qui donnent un cap à l’entreprise. Ils embarquent avec eux les équipes et fixent les objectifs. Les managers ont, quant à eux, pour mission d’accompagner les équipes dans l’atteinte des objectifs.

Dans une approche agile, le manager va avoir un rôle de facilitateur. Il va s’appuyer sur l’intelligence collective pour mieux gérer l’incertitude, l’imprévu et le temps court. Son objectif est de créer une équipe autonome, résiliente et performante. Pour cela, il va assurer un cadre d’épanouissement, autoriser le droit à l’erreur, encourager la confiance, l’entraide et recentrer les individus sur les objectifs. Il travaillera avec les émotions pour favoriser le dépassement et le lâcher prise.

Quelques règles et exemples d’agilité

Comme toute méthode de management, l’approche agile fonctionne d’autant mieux lorsque les principes qui la régissent sont appliqués. Quelques règles simples suffisent pour réussir à instaurer cette méthode de management.

Tout d’abord, créer des espaces de dialogues. Le manager aura comme mission d’animer ces espaces de dialogues pour favoriser la cohésion, résoudre les problèmes, améliorer la synchronisation. Ces espaces de dialogues sont des temps de planification à court terme. Il peut s’agir de « rituels » quotidiens ou hebdomadaires autour du tableau kanban ou de la production comptable. Des réunions de « rétrospectives » permettront de débriefer sur la période fiscale passée ou sur une mission en particulier. Les échanges seront pratiques. Tous ces espaces de dialogues ont pour points communs un caractère ludique, participatif, dynamique et engageant. La communication est transparente, bienveillante et authentique.

Pour optimiser ces temps d’échange, il convient également de cadrer le début de la réunion. Avant d’entrer dans le vif du sujet, le facilitateur donnera les règles, organisera un ice-breaker pour favoriser le partage et libérer la parole. La manager doit rester concentré sur l’objectif. Il organisera donc des temps de divergence pour favoriser l’imagination et des temps de convergence pour se recentrer sur les axes prioritaires.

Un exemple d’outil utilisé dans l’approche agile peut être testé aisément en cabinet : le speed boat. 

Le speed boat est un jeu agile qui a pour objectif de partager les différences de point de vue et les sensibilités personnelles des individus. Un bateau est dessiné sur l’océan. Au bout, une île à atteindre. Pour y parvenir, le bateau utilisera des vents favorables mais il pourra être ralenti par des ancres ou des rochers. Le bateau représente l’équipe, l’île est un objectif, par exemple finir la période fiscale pour le 30 avril, les vents sont les éléments favorables à l’atteinte de l’objectif tandis que les ancres et les rochers sont des obstacles et des ralentissements. Chaque membre de l’équipe s’exprime sur les vents, les ancres et les rochers. En trois phases de dix minutes qui vont permettre de réfléchir individuellement, puis collectivement puis enfin de prioriser, les participants repartiront soulagés d’avoir exprimés leurs angoisses et déterminés à atteindre leurs objectifs. Ils restent ainsi motivés.

L’innovation dans le management implique avant tout que l’expert-comptable se positionne comme le leader qui donne le cap à son équipe. Libre à lui de déterminer s’il souhaite également assumer le rôle de manager ou s’il délègue ce rôle. 

Le management s’insère toujours dans un processus plus complet qui exige de définir une stratégie globale pour le cabinet. Mais dans tous les cas, engager ses équipes est un bon pari car elles le rendront bien !

Il ne faut pas avoir peur de tester et d’échouer car apprendre de ses erreurs est tout aussi enrichissant qu’une victoire. Le management fait partie des sciences humaines, il n’existe pas d’équation mathématique qui permette de gérer des individus, il faut essayer pour savoir si cela fonctionne. 

L’expert-comptable doit simplement décider s’il souhaite laisser son cabinet sous une forme carré ou bien s’il arrondit les angles jusqu’à le transformer en cercle. A lui de jouer ! 

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