La France frôle le seuil des 70 000 défaillances d’entreprises en 2025
- février 2026
- Numéro : 605
- Thématique(s) : entreprises en difficulté

Altares a publié son bilan annuel des défaillances d’entreprises. Près de 70 000 entreprises sont tombées en défaillance en 2025, dont plus de 19 000 au 4e trimestre. Des chiffres qui témoignent de tensions particulièrement vives sur les PME et ETI. Toutefois, le ralentissement du rythme de progression observé en fin d’année laisse entrevoir une possible accalmie pour 2026.
L’année s’achève sur des niveaux de défaillances records. Avec 19 024 procédures ouvertes au dernier trimestre, le seuil symbolique des 70 000 défaillances – incluant sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires – est pratiquement atteint pour 2025. Si les faillites continuent de progresser, leur rythme marque un certain ralentissement : + 1,7 % au 4e trimestre contre + 10 % en 2024 et + 38 % en 2023 sur la même période.
Les tensions demeurent très fortes pour les entreprises d’au moins 100 salariés, avec un nombre d’ouvertures record (236) en forte hausse (18,6 %). L’industrie manufacturière et le secteur social concentrent respectivement 21 % et 12 % de ces défaillances. Au total, 267 000 emplois sont menacés fin 2025, soit 11 000 de plus qu’en 2024. Néanmoins, plusieurs signaux positifs laissent entrevoir une possible accalmie en 2026.
Qu’est-ce qu’une défaillance d’entreprise ?
La défaillance d’entreprise correspond à l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire directe auprès d’un tribunal de commerce ou judiciaire. Cela concerne aussi les ouvertures après résolution du plan de redressement. En revanche, les statistiques de défaillances ne considèrent ni les procédures amiables (mandat ad hoc ou conciliation) ni les suites d’ouverture (arrêt de plan ou conversion en liquidation).

Recul des liquidations judiciaires en fin d’année
Un signe positif, toutefois : bien que les liquidations judiciaires (LJ) représentent 66 % des jugements, elles reculent de 1,3 % au 4e trimestre (environ 12 500 procédures) et n’augmentent que de 0,9 % sur l’année (47 000 au total). À l’inverse, les redressements judiciaires (RJ) progressent de 8,6 % au dernier trimestre (6 006 procédures), pour atteindre 21 300 sur l’année. Les sauvegardes restent stables avec 432 ouvertures au 4e trimestre et environ 1 540 sur l’année.
La procédure de traitement de sortie de crise, initialement créée en 2021 pour aider les entreprises de moins de 20 salariés face aux conséquences de la Covid-19, puis réactivées de novembre 2023 à novembre 2025, est restée marginale avec 99 utilisations en 2025, soit un niveau identique à 2024.
La fragilité des PME-ETI se confirme
Les PME et ETI d’au moins 100 salariés traversent une période particulièrement difficile. Au 4e trimestre, 58 structures de cette taille ont été placées en procédure collective, soit une progression de 18,4 % bien supérieure à la hausse globale de 1,7 %. Cette accélération se confirme sur l’année entière avec + 18,6 % (contre + 3,1 % au global), portant le total à 236 défaillances en 2025.
Toutefois, une note d’espoir subsiste : ces entreprises de taille importante anticipent mieux leurs difficultés et 90 % d’entre elles évitent la liquidation directe. Elles peuvent ainsi poursuivre leur activité grâce à un redressement judiciaire (75 % des cas) ou une procédure de sauvegarde (14 %).
Trois secteurs d’activité concentrent une part importante de défaillances
En premier lieu, l’industrie manufacturière : elle représente 21 % de ces défaillances alors qu’elle ne pèse que 4 % de l’ensemble des procédures. Ensuite, le secteur social : 12 % des faillites d’entreprises d’au moins 100 salariés, contre seulement 2 % du total général. Enfin, les services administratifs aux entreprises concentrent 19 % (46 procédures) de ces grandes défaillances, contre 7 % de l’ensemble.
À l’autre extrémité, les très petites entreprises de moins de 3 salariés connaissent également une dégradation. 14 162 structures ont été placées en procédure collective en fin d’année, soit une hausse de 5 % par rapport au 4e trimestre 2024 et de 4 % sur l’année complète.
La situation est plus favorable pour les entreprises de 3 à 99 salariés. Avec 4 800 défaillances au 4e trimestre, elles affichent un recul de 7 % par rapport à la même période en 2024. Sur l’ensemble de 2025, la progression se limite à 1 %, totalisant 18 440 jugements.
Les entreprises établies de longue date en difficulté
Les entreprises établies depuis plus de 15 ans restent fragiles : 3 600 d’entre elles ont défailli au 4e trimestre (+ 5,9 %), portant le total annuel à 13 900 défaillances (+ 8,8 %).
Les structures les plus récentes, de moins de trois ans, enregistrent des chiffres proches avec 3 138 défaillances au dernier trimestre. Sur l’année, leur progression dépasse la moyenne nationale à + 7,2 % (contre + 3,1 % globalement). Le 4e trimestre offre toutefois un signal plus rassurant avec une hausse limitée à 2,2 %, soit légèrement au-dessus de la moyenne globale de + 1,7 %.
Les entrepreneurs individuels sous pression
Quel que soit leur âge, les sociétés commerciales représentent 82 % des défaillances avec 57 240 procédures en 2025, un niveau stable par rapport à 2024.
Les entreprises individuelles (incluant les microentrepreneurs) ne comptent que pour 15 % des défauts (9 600), mais leur situation se détériore brutalement avec une hausse de 25 % en un an. Cette dégradation est particulièrement marquée dans le secteur du transport, où les chiffres explosent (+ 120 %), notamment pour les taxis (+ 137 %) et la livraison à domicile de colis et repas (+ 255 %).
Des perspectives d’amélioration pour 2026
Malgré ce tableau préoccupant, Altares identifie plusieurs signaux encourageants qui laissent entrevoir, avec prudence, une possible accalmie pour l’année 2026. Le ralentissement de la progression des défaillances pourrait, en effet, marquer le pas après deux années de forte dégradation.
Les secteurs d’activité à la loupe
Construction : le secteur se redresse. Il enregistre – 8,1 % de défaillances au 4e trimestre, porté par le gros œuvre (- 9 %) et l’immobilier (- 21 %), notamment la promotion (- 74 %). Le second œuvre résiste moins bien (- 2 %).
Commerce : stabilisation timide du détail. Le commerce de détail recule légèrement (- 0,7 %), tiré par le bricolage (- 13 %) et l’habillement (- 5 %). L’automobile reste fragile (+ 7,4 %) et les grossistes sous tension (+ 2 %).
Industrie : la manufacture sous pression. Les défaillances accélèrent (+ 4,7 %), portées par la manufacture (+ 6,4 %), notamment la mécanique (+ 68 %) et les vêtements (+ 20 %). L’agroalimentaire résiste mieux (+ 2,2 %).
Services : des tensions généralisées. Les services aux entreprises augmentent de 5 %, avec la propreté (+ 17 %) et la production audiovisuelle en forte hausse (jusqu’à + 88 %). La programmation informatique résiste (- 16 %).
Transports : une fracture sur le B2C. Le fret routier tient bon (- 16,3 %), mais la livraison à domicile explose (+ 220 %) et le déménagement reste difficile (+ 32 %).
CHR, agriculture, santé : les difficultés persistent. La restauration ne ralentit pas (+ 8 %), l’agriculture se dégrade (+ 14,4 %), notamment en viticulture (+ 18 %). Le sanitaire et social s’enfonce (+ 28,2 %), touchant infirmiers et crèches (+ 30 % chacun).

Les défaillances d’entreprises par région au 4e trimestre 2025
Sur le plan territorial, cinq régions basculent en zone positive : la Normandie, les Hauts-de-France, le Grand Est, la région PACA et Auvergne-Rhône-Alpes. Enfin, le nombre d’emplois menacés se stabilise en cette fin d’année.
Année encourageante pour la Normandie avec 2 832 défaillances (+ 0,1%). Un an plus tôt, la région affichait la plus forte dégradation de l’hexagone (+ 31 %). Au 4e trimestre 2025, elle enregistre l’amélioration la plus rapide (- 12,1 % ; 760 défaillances). Sur 2025, la Normandie a eu 47 sauvegardes et 2 785 ouvertures de RJ ou LJ, en augmentation de 1,6 % contre 3,2 % sur l’ensemble du territoire.
Les Hauts-de-France ont enregistré 5 038 défaillances en 2025 (+ 2,3 % en an). Au 4e trimestre 2025, la région se hisse sur la deuxième marche du podium avec 1 351 ouvertures, un nombre en baisse de 3,4 % par rapport au même trimestre 2024. Sur l’année entière, la région enregistre 87 sauvegardes et 4 951 ouvertures de RJ ou LJ, un nombre en hausse de 2,1 % mais inférieur à la moyenne nationale (+ 3,2 %).
La région PACA compte 6 426 défaillances en 2025 (- 6,4 % sur un an). La quasi-stabilité du nombre de défaillances observées fin 2024 se poursuit sur ce 4e trimestre 2025 où la région enregistre la troisième meilleure performance nationale avec une baisse des défaillances de 2,8 % (1 708 procédures collectives). Sur l’année entière, la région compte 97 sauvegardes et 6 329 ouvertures de RJ ou LJ, un nombre en baisse de 5,5 % contre une augmentation de 3,2 % sur l’ensemble du territoire.
L’Auvergne-Rhône-Alpes a comptabilisé 8 324 défaillances en 2025 (+ 3,1 % sur un an). La région affiche une progression en fin d’année mais reste sur une année 2025 record. Sur ce 4e trimestre 2025, la tendance s’améliore très sensiblement avec un reflux de 2,7 %. Pourtant, en dépit de cette meilleure fin d’année, la sinistralité 2025 reste très élevée avec un peu plus de 200 sauvegardes, comme en 2024, mais 8 116 RJ/LJ enregistrés, un nombre historique.
Le Grand Est affiche 4 539 défaillances en 2025 (+ 0,7 % sur un an). La région enregistre un recul des défauts au 4e trimestre et se stabilise sur 2025. Alors qu’au 4e trimestre 2024, la région parvenait à contenir la hausse des défauts à 2,2 %, un an plus tard, le Grand Est fait mieux que résister : les ouvertures de procédures collectives reculent de 2,1 %. Cette performance de fin d’année, permettant d’afficher sur la totalité de 2025 une stabilité quasi parfaite pour 4 539 défaillances dont 4 439 RJ/LJ. Ce nombre reste important, il est le plus haut depuis 2016.
Cinq régions contiennent la hausse sous 6 % au 4e trimestre 2025
Le Centre-Val de Loire (0 %), l’Occitanie (+ 0,4 %), l’Île-de-France (+ 2 %), la Bretagne (+ 3,2 %) et la Nouvelle-Aquitaine (+ 5,4 %) affichent des performances supérieures à la moyenne nationale au dernier trimestre. Malgré ces améliorations, toutes enregistrent des volumes historiques de défaillances sur l’année.
Quatre régions en difficulté en fin d’année
La Bourgogne-Franche-Comté (+ 11,1 % au T4), les Pays de la Loire (+ 22 %), la Corse (+ 26 %) et les territoires ultramarins (+ 24,1 %) connaissent une fin d’année difficile. Sur l’ensemble de 2025, la Corse (+ 14,1 %) et l’Outre-Mer (+ 13,8 %) dépassent largement la moyenne nationale de + 3,2 %, avec des niveaux record de procédures ouvertes.
Méthodologie
Les statistiques Altares de défaillances d’entreprises comptabilisent l’ensemble des entités légales disposant d’un numéro Siren (entreprises individuelles, professions libérales, sociétés, associations) et ayant fait l’objet d’un jugement d’ouverture de procédure prononcée par un tribunal de commerce ou judiciaire (ex-tribunal de grande instance et tribunal d’instance).
